L’évaluation des patients souffrant d’une négligence spatiale unilatérale gauche, un syndrome neuropsychologique communément observé après une lésion neurologique de l’hémisphère droit, et qui se caractérise principalement par un défaut d’exploration du champ visuel gauche ou une perte de conscience des évènements qui s’y produisent, a permis des avancées majeures dans notre compréhension des systèmes neuronaux impliqués dans l’orientation de l’attention visuo-spatiale. Toutefois, l’implication des structures situées sur la face médiale du cerveau dans cette fonction centrale pour l’organisation des comportements guidés visuellement n’avait pas encore été clairement établie car l’ensemble des études disponibles se reposait très largement sur l’accident vasculaire cérébral comme modèle lésionnel – une condition neurologique que ne touche que très occasionnellement ces structures.

Dans cette étude réalisée par deux membres de l’Institut de Génomique Fonctionnelle (CNRS/Inserm/Université de Montpellier), Guillaume Herbet et Hugues Duffau, et publiée récemment dans le journal Nature Communications, il est démontré que deux aires cérébrales logées dans la partie médiale du cortex frontal, les champs oculaires supplémentaire et cingulaire, ainsi que leur connectivité de substance blanche sous-jacente, contribuent au déploiement de l’attention visuo-spatiale, puisqu’une lésion de ces structures cause une forme très spécifique de négligence spatiale (la négligence d’exploration visuo-motrice) caractérisée par un déficit de l’exploration volontaire du champ visuel gauche sans perte de conscience de celui-ci.

Pour aboutir à ce résultat, les deux chercheurs se sont appuyés sur l’évaluation comportementale et longitudinale (c.-à-d. avant et après la chirurgie) de nombreux patients souffrant d’un gliome de bas grade, une tumeur rare du système nerveux central qui affecte fréquemment les régions mésiales antérieures. Des corrélations anatomo-fonctionnelles ont été réalisées en combinant des méthodes de cartographie lésion-déficit basée sur l’apprentissage automatique et d’analyse des déconnexions structurelles. Les résultats ont montré que l’exérèse chirurgicale des champs occulaires médiaux perturbait très significativement l’exploration spatiale du côté gauche au cours d’une tâche de recherche visuelle dans l’après-chirurgie, au même titre que l’atteinte de la branche I du faisceau longitudinal supérieur, une connexion de substance blanche associative interconnectant les cortex frontal et pariétal médiaux. Ces résultats devraient avoir une implication importante pour les modèles neurocognitifs et neuro-computationnels de l’attention visuo-spatiale.

Cartographie spatiale de la relation statistique entre la localisation des résections chirurgicales et la négligence d’exploration visuo-motrice.