UN INVENTAIRE MOLÉCULAIRE POUR MIEUX COMPRENDRE DES PATHOLOGIES COMME LES DOULEURS CHRONIQUES OU LA SCLÉROSE LATÉRALE AMYOTROPHIQUE…
La moelle épinière des mammifères fonctionne comme une communauté de types de cellules pour accomplir le traitement sensoriel, le contrôle autonome, ou encore les fonctions motrices. A l’inverse, le dysfonctionnement de ces cellules suite à une lésion de la moelle épinière ou à des états pathologiques peut entraîner des dysfonctions conduisant notamment aux douleurs chroniques, à des troubles sphinctériens, ainsi qu’à la paralysie et dans le pire des cas la mort. Bien que la recherche biomédicale ait fait de grands progrès dans la compréhension de la diversité cellulaire de la moelle épinière dans les modèles animaux, il est crucial de caractériser directement la biologie humaine pour découvrir les caractéristiques spécialisées de la fonction de base des types cellulaires spinaux pour mieux comprendre les pathologies humaines.
Un travail collaboratif international mené par l’équipe du Dr Ariel Levine du NIH aux Etats Unis et plusieurs équipes américaines, canadiennes, et françaises du CHRU Montpellier (Départements Neurochirurgie/transplantation d’organes, Hôpital Gui de Chauliac) et de l’IGF (équipe animée par Emmanuel Bourinet) présente une étude à paraitre dans la revue Neuron qui est la première taxonomie cellulaire de la moelle épinière humaine adulte en utilisant notamment une technologie de séquençage d’ARN sur noyaux cellulaires isolés. Ce travail a pu être réalisé, en particulier, grâce à une technique développée au CHU de Montpellier de prélèvements chirurgicaux de moelles épinières sur des donneurs d’organes dans le cadre des procédures de greffes selon l’Agence de la Biomédecine, grâce à la mise en place d’un protocole unique en Europe. Concrètement, le travail à paraitre décrit la grande diversité des types cellulaires de la moelle épinière humaine dont les cellules gliales et neuronales qui sont organisés principalement en fonction de leur emplacement anatomique. Afin de démontrer le potentiel de cette ressource pour la compréhension des maladies humaines, un accent particulier est mis sur l’analyse du transcriptome des motoneurones spinaux qui sont sujets à la dégénérescence dans la sclérose latérale amyotrophique (SLA) plus communément connue sous le nom de maladie Charcot. Le constat du travail est que, par rapport à tous les autres neurones spinaux, les motoneurones humains sont définis par des gènes liés à la taille des cellules, à la structure du cytosquelette et à la SLA, soutenant ainsi un modèle de répertoire moléculaire spécialisé des motoneurones qui sous-tend leur vulnérabilité sélective à la maladie chez l’homme. La publication s’accompagne d’une ressource web en accès libre pour le public et toute la communauté médicale et scientifique internationale, dans l’espoir qu’elle catalysera de futures découvertes sur la biologie et les maladies de la moelle épinière humaine.