LES CELLULES TUFT À L’ORIGINE DE LA DYSBIOSE INTESTINALE
L’épithélium intestinal constitue la plus grande surface d’échanges avec le milieu extérieur et exerce un rôle fondamental de barrière afin de protéger l’organisme contre les pathogènes et agents infectieux présents dans la lumière intestinale. Le microbiote intestinal participe à cette fonction critique de barrière, et des altérations de sa composition (ou dysbiose) participent activement au développement et à la sévérité de diverses pathologies comme les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), les désordres métaboliques ou psychiatriques…
L’équipe animée par Philippe Jay à l’IGF vient d’identifier un nouveau mécanisme multi-étape d’initiation de la dysbiose qui met en jeu un crosstalk entre deux types cellulaires de l’épithélium, les cellules de Paneth qui contrôlent le microbiote via la sécrétion de peptides antimicrobiens, et les cellules tuft, des cellules sentinelles de l’épithélium dotées d’une fonction immunomodulatrice. Des défauts structurels et fonctionnels des cellules de Paneth, réminiscents de ceux observés chez des patients atteints de MICI ou obèses, provoquent des altérations modérées du microbiote et une amplification des espèces bactériennes qui produisent du succinate. L’augmentation du taux de succinate, normalement bas en conditions physiologiques, constitue un signal d’alarme. Les cellules tuft, qui expriment spécifiquement le récepteur au succinate, sont alors activées et induisent une réponse immunitaire de type 2 qui, en retour, aggrave les défauts des cellules de Paneth et provoque une dysbiose et une inflammation chronique.
Cette étude révèle une nouvelle fonction des cellules tuft comme promotrices de la dysbiose consécutive à des altérations des cellules de Paneth, et met en lumière le rôle jusqu’alors inconnu des cellules de Paneth dans le contrôle des bactéries productrices de succinate afin de prévenir l’activation permanente et délétère des cellules tuft. Ces travaux ouvrent la voie vers de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblant l’activité de ces cellules.

Mécanisme multi-étape d’établissement de la dysbiose mettant en jeu un circuit cellules de Paneth/succinate/cellules tuft/système immunitaire.